Histoire de l'aéro-club de Mostaganem, de l'aérodrome de Noisy-les-Bains au vol à voile du Djebel-Diss entre 1930 et 1939

Photo: Aéro-club de nouissy-les-Bains (1931) - Hanriot 14 et Caudron 161
La tradition aéronautique est ancienne à Mostaganem ; dès 1911, les vols de Julien Serviès, qui se pose malencontreusement dans le port, et de Jules Védrines, qui termine son vol dans la tranchée de la voie ferrée à Mazagran, déclenchent l’enthousiasme dans la région. Henri Yvars réunit, prématurément, une collecte de 3 700 F (or) pour acheter un avion. Pendant la guerre, à partir de 1915, Mostaganem abrite une base d’hydravions dont l’activité dépasse largement la surface de la Grande Bleue et les vignobles accueillent souvent les hydravions FBA et Gourdou-Lesseure. En 1916, Alexandre Prietto, Antoine Algudo, et Augustin Laurent construisent de toute pièce un avion qui, essayé par Antoine Algudo sur la colline de Mazagran, fait quelques bonds. En 1925, cette équipe, à laquelle s’ajoute Hubert Bourdiol, construit un nouvel avion dans le garage Prietto à Rivoli. Malheureusement, cet appareil est détruit par un incendie à la veille du premier essai.
1930 :
Il faut attendre 1930 pour voir arriver le premier avion basé à Noisy-les-Bains, qui est également le premier avion de tourisme d’Afrique du Nord : le célèbre Caudron 161 F-AIPV acheté par Henri Bories et baptisé Alger-Gao à la suite de l’exploit réalisé avec cet avion par le pilote Gauron et le mécanicien Lebas du 8 janvier au 12 février 1930. La propagande que fait Henri Bories avec cet avion entre dans le domaine de la légende. Véritable apôtre de l’aviation de tourisme, Henri Bories sillonne l’Afrique du Nord avec son Caudron en distribuant, avec succès, la bonne parole à tous les aéro-clubs en formation. En décembre, une coopérative de pilotage est montée à Noisy-les-Bains sous la direction de Robert Petit qui vient d’Alger avec le Hanriot HD 14 F-ALIH pour satisfaire les besoins des nombreux élèves qui commencent à s’entraîner. Robert Petit est un pilote chevronné, il totalise alors 3 000 heures de vol et a formé des dizaines d’élèves à l’école du Crotoy et à l’école de pilotage du Centre d’aviation civile et privée de Maison-Blanche qu’il avait lancé, avec peu de succès, à Alger en 1927.
1931 :
Le 28 février, la Coopérative devient l’Aéro-club de Mostaganem qui se trouve, dès sa naissance, doté des deux avions précités, auxquels s’ajoutent le Caudron Luciole F-ALDX appartenant à Henri Giroud (avocat), un vénérable Caudron C 59 acheté à l’Aéro-club de l’Oranie par Antoine Assorin (viticulteur et ancien pilote militaire) et un autre Hanriot HD 14 (F-ALXA), rouge et noir, le Bossoutrot-et-Rossi, qui rejoint le terrain le 8 avril. Le jour même de la création du club, le Blériot 110 de Lucien Bossoutrot et Maurice Rossi survole régulièrement le terrain de Noisy au cours de son vol de record du monde de distance et de durée. La déclaration du nouvel aéro-club sera faite au Journal Officiel le 22 avril. Le premier conseil d’administration du club est composé du président Henri Bories – vice-président : Henri Giroud (avocat) – trésorier : Jean Paravisini (architecte) – secrétaire : Léon Bories (agriculteur) – membres : Roger Colonieu (avoué, ancien observateur militaire de guerre), Yvan Tandonnet (avoué), Michel Maillols (ingénieur TP), Bendayan (ingénieur), Roger Cruche (directeur du comptoir d’escompte), Salomon et Jacques Serrat (agent Citroën). Le comité technique est composé de plusieurs officiers de l’Aviation militaire de La Sénia et de Maison-Blanche et de plusieurs Mostaganémois ayant servi dans l’aviation pendant la guerre : Carrier, Lemaître, André Assorin et Joseph Pucheu.

Photo: Henri Bories à Noisy-les-Bains en 1931.
Malgré l’éloignement de l’aérodrome et malgré bien des difficultés matérielles, l’Aéro-club se développe d’une façon remarquable. Il est visité, le 12 avril, par le député Roux-Fressineng, membre de la commission parlementaire de l’aviation, qui vient d’Oran en avion piloté par Albert Monville. Le 19 avril, les recordmen de durée Lucien Bossoutrot et Maurice Rossi sont reçus triomphalement à Blad-Touaria qui servait de point tournant durant l’épreuve.
Le 24 mai, alors que l’Aéro-club compte déjà plus de 500 membres, un meeting est organisé avec la participation du pilote Pierre Lemoigne en Gourdou-Leseurre, du trapéziste et parachutiste Francisco Perez Mur, des membres du Club aéronautique oranais, du planeur Eole des Aiglons du Cheliff et, bien sûr, des pilotes mostaganémois. Près de 8 000 personnes, venues de toute la région en voitures ou en autocars, assistent à ce meeting qui se déroule par un temps splendide avec une organisation remarquable et qui laisse tous les spectateurs émerveillés.
L’élan aéronautique est donné à la région. L’aérodrome de Noisy-les-Bains, une plate-forme de 34 hectares avec une bande d’envol de 1 500 mètres, est ouvert à la circulation aérienne depuis le 23 janvier ; la construction d’un hangar de 300 mètres carrés est entreprise, suivie rapidement par celle d’un second portant à trente-quatre le nombre d’avions pouvant être abrités. L’aérodrome est installé sur un terrain du domaine Bel-Hadri offert par Henri Bories dont la grand-mère est Mme Thireau, épouse de maître Louis Thireau (notaire, conseiller général et ancien maire de Noisy). Agée de plus de 70 ans, Mme Thireau sera une fervente adepte de l’Aéro-club, n’hésitant pas à suivre les avions du club dans leurs déplacements les plus lointains et à « boucler la boucle » avec André Costa.
Peu après le meeting du 24 mai, l’école de pilotage est séparée de l’Aéro-club sous le nom d’Air-école ; il s’agit d’une affaire commerciale qui récupère le Hanriot 14 Bossoutrot-et-Rossi sous la direction de Robert Petit. Henri Bories est rapidement lâché alors que Mlle H. Junique (de Rivoli), première élève-pilote féminine d’Afrique du Nord, commence à voler. Jean Paravisini passe le brevet en septembre et, le même mois , Pierre de Romanet ouvre le terrain privé de sa ferme de Picard. Le 11 octobre, six avions du Club oranais de tourisme aérien se posent sur le terrain de Tijditt. C’est une des dernières manifestations sur ce terrain du faubourg nord qui avait été le premier aérodrome en service à Mostaganem (installé sur le champs de manœuvre du 2e régiment de tirailleurs, ce terrain ne sera réutilisé, plus tard, que pour le vol à voile). Le 4 novembre, Yvan Tandonnet arrive à Noisy avec son Potez 36 F-ALCK qu’il a convoyé depuis Meaulte avec le docteur André Lamur (d’Oran). Cet avion servira largement la cause de l’Aéro-club aux mains de son propriétaire et de Jacques Serrat qui passe le brevet le 28 novembre (numéro 546). Henri Bories et Henri Giroud sont brevetés le 2 décembre.
1932 :
En janvier, Henri Bories convoie depuis la métropole le Caudron Luciole F-AMCS et Henri Pelloquin (viticulteur) offre à sa fille Germaine le Caudron C 117 F-AJIB qu’il rachète à Georges Averseng (le colonel Vuillemin avait accompagné le célèbre F-AIPV en vol de groupe, avec cet avion, au cours du voyage vers Gao). Le 6 mars, l’assemblée générale réunit les membres à l’Albert-hôtel. Le conseil d’administration s’étoffe d’Elie Benguigui, d’André Aynié et de plusieurs membres des villes et villages environnants : Reboul (Inkermann), Pascal Monreal (Relizane), Lagabe (Rivoli), Fernand Mary (Sirat), Bertrand (Bellecôte) et Dumont (Noisy-les-Bains). La commission technique pour le vol à moteur se compose de Robert Petit, Pierre de Romanet, Joseph Pucheu et J. Garrigues. Gatuing, délégué financier, et Boutié assistent à la réunion. Le 8 juin, Jacques Serrat et Pierre Jobert se posent à Noisy avec leur Caudron Luciole F-ALXQ qu’ils ramènent de métropole. Les avions n’arrivent pas tous en vol depuis la métropole, quelques Oranais ont l’idée de profiter du retour à vide des bateaux moutonniers. C’est ainsi qu’en octobre, arrive L’Ardèche chargé de cinq avions embarqués à Marseille et dont les ailes avaient été repliées à Marignane ; ils redécolleront de Tijditt. Parmi les pilotes brevetés dans le courant de l’année, se trouvent : Fernand Mary, Albert Nastorg (négociant en vins), andré Aynié (architecte), Armand Belot (viticulteur), Pierre Jobert (des cigarettes Jobert), Léon Bories (observateur militaire dans la campagne du Riff), Elie Benguigui, Germaine Pelloquin (17 ans) et son frère Edouard, Mme Clauzel, Yvon Junique, Fernand Durandeux et Georges Bonfils. C’est grâce au jeune moniteur Daniel Robert-Bancharelle (de Mascara), remplaçant de Robert Petit, que ces brevets ont pu être passés.
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1. MATHIS Le 18/11/2009 à 20:33
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